lundi 29 septembre 2008

Zézayer (v.)


Tous ceux qui ont déjà rencontré quelqu'un qui bégaie savent comment faire pour rire de son défaut de prononciation : il suffit de mettre la main sur la bouche et de pouffer en le montrant du doigt.
Les choses sont plus complexes lorsqu'il s'agit de quelqu'un qui zézaie car le zézaiement est surtout propre aux enfants, qui ne sont généralement pas assez matures pour comprendre pourquoi on se moque d'eux. Ça gâche tout le plaisir, pour ne pas dire que c'en est même assez frustrant.
Pour arriver à tirer du bonheur d'un enfant qui zézaie, il faut d'abord comprendre le cheminement qui le mène à zézayer.
Dès leur naissance, les enfants se nourrissent de leur environnement pour apprendre et grandir selon le schéma observation → imitation, et la logique veut que l'enfant prenne ses parents pour modèle. Aussi, lorsqu'un enfant tend à se cogner dans les vitres, on peut penser que c'est simplement par maladresse. Lorsqu'il se met à tâter des crottes de chiens, on peut également penser que c'est juste par curiosité. Mais lorsqu'il se met à zézayer, il faut bien commencer à se rendre à l'évidence : l'enfant s'est trompé, depuis le début il ne s'est pas focalisé sur le modèle de son papa ou sa maman, mais sur le modèle de la mouche. Et de fait, lorsqu'elle n'est pas en train de tâter une crotte de chien, la mouche zézaie en se cognant bruyamment contre les vitres.
On saisit dès lors toute la difficulté à tirer du plaisir d'un enfant qui tourne autour de soi en zézayant, la mouche n'étant elle-même pas spécialement drôle dans ce rôle, ni dans aucun autre d'ailleurs. La mouche est pour ainsi dire impossible à dérider, et aucun poutou-poutou ni à dada sur mon bidet ne provoque chez elle le moindre sursaut de joie. Même déception si on la fait sauter en l'air, sa réaction première est de rester accrochée au plafond.
En fait, on est bien contraints de constater que le seul bonheur à tirer d'une mouche, c'est de l'entendre s'arrêter de zézayer. L'une des solutions pour cela consiste à utiliser une tapette, mais l'enfant est trop gros pour que cette méthode lui soit appliquée. Une autre solution consiste à l'intoxiquer avec du spray, mais c'est un peu cruel, et voir un petit être gigotant les pattes en l'air durant de longues minutes ne laisse jamais la conscience bien tranquille.
La solution que je préconise se veut plus harmonieuse : il s'agit simplement d'ouvrir une fenêtre. La mouche aime assurément se cogner contre les vitres, mais passé un moment, la fenêtre ouverte finit toujours par l'inciter à trouver une activité de plein air, notamment auprès des chiens. Une méthode qui demande un peu de patience, mais qui présente l'avantage d'être simple, écologique, et morale.
De plus, ça vous offre une belle parade si l'on venait à insinuer que c'est de votre faute si l'enfant qui zézayait autour de vous est malencontreusement tombé par la fenêtre :
- Moi ? Je ne ferais pas de mal à une mouche…

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