lundi 22 septembre 2008

Céder (v.)


Le verbe "céder" est en ceci étonnant qu'il évoque deux sentiments totalement opposés. Du moins le croit-on. Le premier suggère une faiblesse, un manque de volonté, une lassitude face à des évènements qui amènent à baisser les bras. "Céder" équivaut alors à reconnaitre sa faillite personnelle avant de se soumettre au vainqueur, la tête baissée, les yeux fuyants et le poil pelé. Le sentiment qui domine à cet instant n'est pas des plus agréables, pour ne pas dire qu'on se sent un peu comme une merde. Le pire est sans doute lorsque le vainqueur en question est largement à notre portée et qu'il suffirait d'un coup de pied au cul pour tout régler, mais voilà, la morale veut qu'on ne donne pas de coup de pied au cul de son petit neveu.

- Oui, ok, arrête de pleurnicher, je vais te le donner ton esquimau.

J'ai failli être le parrain de cet enfant. Mais il y a avait de la concurrence dans la famille de mon beau-frère, et allez savoir pourquoi, j'ai eu de la chance ce coup-ci.
La deuxième façon d'envisager "céder" est sans doute celle pour laquelle nous utilisons principalement ce verbe.

- J'ai cédé à la tentation, je me suis offert des petites ballerines en promotion, regarde comme elles sont belles.

Ce n'est qu'un exemple, il m'arrive aussi de craquer pour des petites bottines à talons. Le propos est juste de montrer comment nous prenons la situation à notre avantage en se faisant croire qu'on a cédé parce qu'on est un peu coquin et fripon, et non pas parce qu'on est une vieille merde sans volonté. Vous me direz que ce n'est pas méchant et que ça remonte le moral, je vous répondrai que oui, mais que c'est sournois. Et être sournois avec les autres, passe encore, mais avec soi-même, là, non quand même, un peu d'honnêteté.
Alors que faire pour rester heureux sans se renier ? C'est très simple : il s'agit de céder pour de faux. Céder oui, mais pour de vrai, non. Céder pour de faux, donc. J'en ai fait l'expérience tout récemment, et je connais encore un vif bonheur en repensant à cet instant où j'ai cédé pour de faux.

- Tu aimes les esquimaux au poisson ?
- Je sais pas.
Mon neveu a semblé très heureux de parvenir à ses fins à force de jérémiades. Mais ce bonheur-là ne valait assurément pas la moitié du mien tandis que je le regardais partir en suçant un bâton de poisson pané surgelé.

Je vous laisse à présent méditer sur la façon d'appliquer cette méthode à vos situations personnelles et déterminer en quoi consiste le fait de céder pour de faux à la tentation.
Quand vous aurez compris cette phrase, vous serez plus fort que moi.

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